L’enseignement musical quelles perspectives ?
Lotfi M’RAIHI
Est-il besoin d’user ses pantalons sur les chaises des conservatoires pour être musicien ?
Cette question qui aurait aujourd’hui, l’air d’une provocation avait jadis alimenté bien des discussions tant on croyait presque à une génération spontanée du savoir musical, toujours cette histoire du don divin.
Or, si aujourd’hui, il devient largement admis que la formation académique est indispensable, la part de la main divine n’est pas négligée pour autant. Comme la seconde partie de ce constat relèverait plutôt des compétences de Madame Tessier, je me contenterai d’émettre un avis sur la première partie.
L’enseignement de la musique en Tunisie est comparativement aux autres pays arabes, exception faite de ce qu’il fût en Irak, un des plus structurés et des mieux répartis. Toutefois, et malgré ce satisfecit, il reste beaucoup a accomplir pour édifier un système original et cohérent.
En effet, il est nécessaire, au bout de toutes ces années d’enseignement musical tunisien, de se poser quelques questions devant certains dysfonctionnements.
Le premier constat est que notre enseignement musical, à tous les niveaux de diplômes, n’offre de compétence que pour la musique arabe et andalouse et souffre d’une grande lacune au niveau de la musique occidentale. Celle-ci ne bénéficie pas d’espaces de programmation ni d’enseignants (à l’exception de deux ou trois) aptes à inculquer aux étudiants aux moins les données fondamentales d’écriture et d’analyse.
Il en découle que les générations de diplômés de tous les niveaux ne maîtrisent que la musique arabe et andalouse et sont démunis des éléments leur permettant d’aborder les différentes spécialités que sont l’écriture pour orchestre, voire la direction. Ceci ne s’aurait être un choix mais plutôt la pérennisation d’un état de fait qu’il urge de revoir en redéfinissant les orientations et en se donnant les moyens de réaliser les objectifs.
Il faudrait que l’enseignement musical s’articule en plusieurs paliers débouchant chacun sur un stade plus élevé de connaissances tout en s’inscrivant dans la diversification des spécialités et des sous spécialités. Il faudrait éviter l’écueil des diplômes qui débouchent sur une impasse. Ainsi, le diplôme de musique arabe qui a rempli sa fonction en approvisionnant le corps enseignant a perdu sa raison d’être depuis que ceux-ci sont recrutés parmi les maîtrisards des instituts.
Il devrait être à mon avis conservé en devenant le premier palier de connaissances exigés qui sanctionnera le passage par les écoles de musique (que nous appelons par aberration conservatoire sans qu’ils ne répondent aux normes nécessaires à ce statut). Ce diplôme dont les niveaux de connaissances méritent d’être réactualisés devra permettre avec le baccalauréat d’accéder aux instituts de musique. Il est insensé de continuer à ouvrir les portes des instituts de musique à tous sans exiger un minimum de connaissances musicales garanti et ce d’autant plus qu’ils passeront au moins les deux premières années à refaire le programme du diplôme de musique arabe.
Les instituts sont appelés à devenir les lieux où s’ébauche la spécialisation avec des maîtrises ou des licences diverses couvrant tout le champ de la connaissance musicale et des métiers y attenant. Les lauréats seront suffisamment nantis pour aborder des doctorats autrement qu’en musicologie.
Une restructuration de la sorte impose, outre le courage de la décision, le recrutement d’enseignants étrangers de différents pays pour la même discipline afin de créer le foisonnement nécessaire à l’émergence de multiples approches pour la même spécialité. Je parie qu’au bout de dix ans notre paysage musical s’en trouvera profondément remanié avec un rayonnement culturel qui justifia amplement l’effort budgétaire consenti.
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