Le reggae

Le reggae est un style musical jamaïcain apparu en 1968, dans la lignée du mento et du ska et issu d'un léger ralentissement du tempo de son ancêtre le rocksteady (v. « People Funny Boy », morceau de Lee « Scratch » Perry sorti en 1968), lui même provenant d'un ralentissement du ska. Il se caractérise par un rythme binaire avec l'accent mis sur les temps faibles, en particulier le troisième temps. Equivalent du R&B américain en Jamaïque, le reggae est aussi le principal moyen d'expression de la culture rebelle anticoloniale prônée par les rastas.

Trois phases décisives ont marqué l'histoire du reggae :

•  1968 - 1970 : le early reggae : prédominance de la basse, tempo rapide, dû aux influences du mento local encore très rythmé.

•  1970 - 1972 : le reggae one-drop : rythme plus lent, tempo medium.

•  1972 : le reggae moderne : un tempo plus lent, une basse importante (mise en avant), qui intéresseront les premiers groupes punks anglais.

Grâce au succès de Bob Marley, reggae devient un terme générique pour désigner la musique jamaïcaine, aujourd'hui une des rares musiques universelles écoutées de tous. Les versions instrumentales de succès reggae se transforment au fil des années 70 en un genre bien à part, le dub.

Les racines du reggae se trouvent dans le Rythm & Blues et le Jazz (venus des États-Unis) d'une part et dans la musique traditionnelle des Caraïbes comme le mento et le calypso d'autre part. De ces musiques découlent d'abord le Ska et le Rocksteady dans les années 60 en Jamaïque. En 1963, le producteur Coxsone Dodd propose à Jackie Mittoo d'animer des sessions dans son nouveau studio "Studio One". Mittoo passa du ska traditionnel au reggae en ralentissant le tempo. On raconte également que c'est durant les étés particulièrement chauds de l'époque que les DJs des sound systems furent obligés de ralentir le beat. Quoiqu'il en soit, à la fin des années 60, le reggae était né.

L'histoire du reggae est indissociable de celle des sound systems, un grand media de diffusion musicale en Jamaïque. Souvent lié à l'industrie phonographique locale et comparable à une sono mobile, le sound-system désigne à la fois le matériel utilisé, l'équipe qui l'anime et la soirée elle-même.

Toute musique produite en Jamaïque est diffusée en sound-system et les disc-jockeys (dj's) animent les danses depuis les années 50. Encourageant la foule ou commentant le quotidien, ils utilisent un phrasé original parfois proche de la psalmodie, entre parler et chant mélodique.

On peut citer notamment parmi les plus célèbres sound-systems ceux de Sir Coxsone Dodd et Duke Reid 'The Trojan' qui se sont longtemps affrontés avant de monter chacun leur propre studio, respectivement Studio One et Treasure Isle.

Avec l'arrivée du dub, le style musical des sound-systems se développe et confère aux dj's un statut d'interprète à part entière.

Le dub, purement instrumental, leur offre un support souvent vierge de voix principale qui permet de recycler complètement un morceau (U-Roy). La version instrumentale (riddim) peut-être réutilisée à l'envie pour de nombreux titres (cuts). Le phénomène explose avec l'arrivée d'instrumentaux composés uniquement à l'aide de synthétiseurs (Under My Sleng Teng, Wayne Smith - produit par King Jammy). Au fil du temps, les dj's se sont exprimés dans plusieurs genres :

•  Rub-a-Dub

•  raggamuffin

•  dancehall reggae

•  roots digital

Cependant, le dub a aussi permis de rendre les ingénieurs du son comme instrumentistes, avec les expérimentations de Lee Perry et King Tubby, deux génies fous , qui firent ressortir les parties de basse et de percussions, en ajoutant des effets d'écho sur la caisse claire(batterie) et sur la guitare et l'orgue, créant ainsi un reggae psychédélique. Ceci sera marqué notamment par l'album de « The Upsetters » intitulé « Blackboard Jungle Dub » (1973), fruit d'une des rares collaborations entre King Tubby et Lee Perry; album qui donnera naissance à d'autres albums ou compilations 100% Dub : « Black Ark in Dub » (Lee Perry), « Termination Dub » (Glen Brown and King Tubby). Lee Perry et King Tubby créeront encore un album ensemble: « King Tubby meets The Upsetter At the Grass roots of Dub ».

L'influence conjointe des sound-systems et des dj's est mondiale : à titre d'exemple majeur il faut citer l'avènement du rap qui s'est développé à New York dans le milieu des années soixante-dix. Il a été porté par la communauté jamaïcaine qui exporte la culture des sound-systems, et particulièrement par DJ Kool Herc.