Le Rap

Le rap, du terme anglais qui signifie « un coup sec et dur », est un genre musical appartenant au mouvement culturel hip-hop apparu au début des années 1970 aux États-Unis. Aux premières heures les MC's (Maîtres de cérémonie) servaient juste à supporter les DJ's et les parties rappées étaient simplement appelées MC-ing. L'apparition du rap en France date du début des années 1980, avec des groupes qui ont instauré ce style nouveau, tels que NTM, IAM, Ministère Amer, Assassin, Lionel D ou Dee Nasty (voir Rap français), ces derniers se sont parfois référés au chanteur français Renaud comme précurseur du style français. Cependant certains occitans prétendent (comme les Fabulous Trobadors) que le rap n'a pas été inventé mais réinventé durant les années 1970 aux États-Unis, en effet ce genre musical aurait existé en occitanie au début du XXe siècle. Et des chants parlés de traditions chinoises ancestrales semblables au rap ont étés rapportés, ils sont encore pratiqués par des villageois dans des fêtes rurales en Chine. Le rap a aussi été importé en Allemagne avec le groupe Skeyund.

Les premiers enregistrements rap datent du début des années 1970 avec quelques groupes confidentiels dont les Last Poets ainsi que Gil Scott Heron. Il s'agit à cette époque de déclamation de discours sur des rythmes battus par des tambours africains avec la négritude comme thème de prédilection.

En 1979, le premier tube rap sort en 45 tours, c'est Rapper's Delight du Sugarhill Gang. Les rappeurs y sont accompagnés par un orchestre funk et il ne s'agit que d'une vulgaire caricature de la révolution qui se prépare dans les rues New Yorkaises. On peut noter aussi la parution de Magnificient Seven en 1980 du groupe punk anglais The Clash.

En 1982, The Message de Grandmaster Flash fut la révolution annoncée. Ce fut le premier tube hip hop, une culture de rue qui était alors composée principalement de danse et de DJ-ing. Il est d'ailleurs curieux que, malgré le fait que ce soit le rappeur Melle Mel qu'on entend sur l'enregistrement, le titre est crédité du nom de Grand Master Flash (le DJ - concepteur sonore). Le rappeur n'avait pas le rôle de premier plan qu'il a aujourd'hui.

Les années 1980 furent celles de l'explosion du rap avec des groupes politiques comme Public Enemy ou entertainment comme Run-DMC. Dans la lignée du Do It Yourself des punks New-Yorkais (le hip hop fut d'abord surnommé le « punk noir »), les rappeurs rappaient sur des rythmes synthétiques et brutaux, issus de boîte à rythmes bon marché).

Il s'agit d'une véritable musique populaire de rue qui développait ses propres thèmes : d'une part sous l'influence de la Universal Zulu Nation (ou plus communément appelée Zulu Nation) d'Afrika Bambaataa qui voyait dans le hip hop le moyen d'éloigner les jeunes des drogues et des gangs et d'émuler leur créativité, d'autre part en tant que témoignage d'une vie difficile. Le groupe le plus représentatif restera Grupo de Maria.

La fin des années 1980 est désignée comme l'âge d'or du rap. À New York, la guerre des crews se termine. Les crews réunissaient des rappeurs (souvent des dizaines) du même quartier, réunis autour d'un producteur charismatique. Le plus célèbre était le Juice Crew de Queensbridge, emmené par le célèbre Marley Marl à qui on attribue l'invention du sampling (échantillons extraits d'autres morceaux puis inclus dans les boucles). Le Juice Crew a fait de nombreux beefs (luttes) avec les lyricists (paroliers) des autres quartiers. On se souvient surtout de KRS-One, du South Bronx, qui a osé défier le Juice Crew par chansons interposées dont le célèbre The bridge is over qu'il est venu chanter devant eux dans une salle de Queensbridge.

L'âge d'or, c'est donc l'émergence à New York des duos DJ-MC comme Gangstarr (DJ Premier et Guru), EricB & Rakim ou Pete Rock & CL Smooth qui continuent l'œuvre de Marley Marl ; et en Californie d'une nouvelle scène Gangsta avec surtout les Niggaz With Attitude (NWA).

NWA se présentait comme un groupe revendicatif et violent, sur certains points politisés à la manière des groupes New-Yorkais comme Public Enemy. Le culte du Gangsta (gangster) naquit avec le tube Straight Outta Compton (voir l'album Straight Outta Compton).

En 1993, le rap tout entier était braqué vers la Californie et ses histoires de gunfights (fusillades) lorsque New York entre sur la scène avec l'excellent album Enter the Wu-Tang du Wu-Tang Clan. Ce groupe, qui fait parti d'un crew de neufs rappeurs emmené par le producteur RZA, est devenu célèbre en utilisant une imagerie issue des films de kung fu.

L'année suivante, le jeune Nas de Queensbridge enregistre Illmatic, un autre album mythique qui fédère les meilleurs producteurs New-Yorkais d'alors : DJ Premier de la Gangstarr Fondation , Q-Tip des Native Tongues (crew pacifique réunissant des disciples d'Afrika Bambaataa), Large Professor et Pete Rock.

Pour certains, le Wu-Tang et Nas ne seront jamais à la hauteur des espoirs soulevés avec ces albums. Cependant, leur succès commercial est indéniable.

Le hip hop déçoit et se meurt, mais le rap continue de vendre. À l'est comme à l'ouest, on découvre qu'on peut devenir très riche en faisant danser. C'est ainsi que Jay-Z a fait une carrière fulgurante. C'est de nouveau l'ouest qui attire l'attention avec le retour d'un ancien de NWA, Dr. Dre. Après avoir sorti en 1992 l 'album The Chronic, très bien accueilli, il propulsa les carrières de Snoop Dogg, Xzibit, Eminem ou encore plus récemment 50 Cent et The Game.

Note : attention à ne pas systématiquement identifier l'ouest et le gangsta rap, il y a aussi un mouvement underground avec par exemple le Likwit Crew, mais il est plus discret.

La rivalité entre rappeurs la plus célèbre, et la plus tragique, est probablement celle ayant opposé la East Coast du label Bad Boy à la West Coast de Death Row durant les années 1990.

L'origine de cette rivalité fut probablement la jalousie des New-Yorkais, fondateurs du rap, devant le succès rencontré par leurs homologues Californiens au début des années 1990, notamment celui de Dr. Dre avec The Chronic puis de Snoop Doggy Dogg avec Doggystyle. Cette rivalité était symbolisée par deux rappeurs, Notorious B.I.G. et 2Pac, mais avant tout par deux producteurs cupides, Puff Daddy et Suge Knight. Au début de leurs carrières, Biggie et Tupac s'appréciaient mutuellement et étaient assez proches, mais l'évènement déclencheur de leur rivalité fut la tentative d'assassinat de Tupac au studio Quad de New York le 30 novembre 1994 où des rumeurs circulèrent sur la participation de Bad Boy. Cette inimitié a escaladé après que Suge Knight ait déclaré en août 1995 devant une pléiade de chanteurs : « si vous ne voulez pas que votre manager soit sur vos albums ou dans vos clips, venez chez Death Row », référence à l'omniprésence de Puff Daddy sur les morceaux de ses protégés. La situation dégénéra ensuite avec le meurtre lors d'une fête, d'un proche de Suge Knight, ce dernier accusant Bad Boy d'être responsable. Puis en 1996 lorsque Tupac enregistra Hit 'Em Up où il déclare avoir eu des relations sexuelles avec l'épouse de Biggie, Faith Evans. Biggie répondit sur le morceau « Brooklyn's Finest » de Jay-Z. En mars 1996, aux Soul Train Awards de Miami, il y eu une confrontation entre les entourages respectifs de Bad Boy et de Death Row lors de laquelle des pistolets furent sortis, et la bataille autrefois lyrique dériva peu à peu.

Le 7 septembre 1996, Tupac Amaru Shakur reçu plusieurs balles lors d'un drive-by shooting à Las Vegas, mourant sept jours plus tard. Le 9 mars 1997, Biggie Smalls fut assassiné à Los Angeles. Les deux meurtres demeurent non résolus, conduisant de nombreux fans à remettre en cause leurs morts.

Face aux majors, ce sont des petites structures, labels indépendants ou crews, qui font aussi vivre le rap aujourd'hui.

Le label le plus symbolique de cette résistance fut Rawkus qui réunit de 1995 à 2000 des artistes mythiques comme Company Flow ou Reflection Eternal. Après avoir déposé le bilan, Rawkus a été renfloué et existe toujours, mais n'est plus que l'ombre de lui-même. Mais ce label rayonne encore aujourd'hui puisqu'on lui doit la découverte des Soulquarians (même si un seul Soulquarian a effectivement signé chez Rawkus : Mos Def), un crew de chanteurs et de rappeurs dont il faut surtout retenir Questlove et ses Roots ainsi que le couple Common - Erykah Badu.

De Rawkus est aussi issu le label Defenitive Jux, créé par les membres démissionnaires de Company Flow. Ce label est centré sur le producteur El-P et ses compositions d'avant-garde, sinistres et synthétiques (voir Abstract hip-hop).

Aujourd'hui, ces petites structures font aussi vivre le rap et offrent une alternative au rap labellisé « MTV », trop commercial pour certains - par exemple les labels Galapagos 4 de Chicago et Big Dada de Londres.

Beaucoup diront que le rap est mort, qu'il s'est suicidé en se vendant à la radio ou aux grands groupe de distribution. En effet de nos jours, en Europe comme aux Etats Unis, sa surmédiatisation l'a détourné des valeurs qu'il revendiquait il y a encore 15 ans. Le rap est devenu une sorte de mode et des quantités très importantes d'argent sont en jeu. Mais où est donc passé le rap? Il n'est plus à chercher à la radio mais bien plus du coté des nouveaux collectifs qui se forment depuis peu, notamment en France, et qui pronnent un rap très agressif, un retour au Hardcore, au rap conscient que l'on n'attendait plus. C'est le cas notamment des groupes Tandem ou Nysay (pour ne citer que les plus connus) qui signent un retour aux sources très prometteur. Mais d'autres évolutions du rap sont visibles et celles-ci sont à chercher dans l'instrumental. Ainsi le "hip-hop instrumental" commence à faire sérieusement parler de lui que ce soit par le biais de l'américain RJD2 ou du japonais DJ KRUSH.