Où va le festival de la musique tunisienne ?
Lotfi M’RAIHI
Les feux se sont éteints, le rideau est tombé sur la session du festival de la musique Tunisienne, de même que le débat qui l’a couvé, avant, pendant et après, s’est essoufflé pour laisser place à l’actualité. Ainsi, chaque année, les mêmes pérégrinations, les mêmes certitudes, les mêmes effets d’annonces et puis on remballe tout jusqu’à la prochaine session.
Il n’est d’ailleurs pas étonnant que la même rhétorique renaisse chaque année du moment que le même constant produit les mêmes réflexions et les mêmes réactions.
Un tumulte de controverses qui toutefois s’accorde à reconnaître que la création musicale se porte mal.
Profitant de ce moment de répit, il me semble nécessaire de ressusciter le débat. Un débat serein et dépassionné qui aurait le mérite de dégager un consensus s’il trouvait et l’espace pour s’exprimer et l’oreille attentive pour l’écouter.
Aussi, une parait-il souhaitable d’aborder la question par quelques interrogations élémentaires afin d’y voir plus clair.
- D’abord y a t il réellement une crise de création musicale ?
La réponse devrait comporter deux niveaux : quantitatif et qualitatif. Là, les statistiques sont éloquentes, au vu de ce qui est proposé au public à travers les différents moyens de diffusion et sur les lieux de représentation, la création est quasi-inexistante. Nous vivons sous l’ère des reprises qui n’en finissent pas d’être reprises.
Il en découle que le festival de musique Tunisienne avec toute sa bonne volonté, qui ne saurait être mise en doute, n’est qu’une fleur dans le désert.
- Que signifient les contraintes imposées de facto à l’expression musicale au cours du festival ?
- Est-il probant à l’aube du 21ème siècle de vouloir perpétuer une expression stylistique et des normes esthétiques qui remontent dans le meilleur des cas à plus de cinq siècles ?
- Pourquoi cette frilosité identitaire alors que nous savons tous que l’identité est temporelle et évolue avec notre être et notre paraître ?
- Qu’est-ce que l’identité musicale tunisienne ? Est-ce le malouf, ya zahratan de Tarnène ou ala daou el goumaira de Riahi ou encore el fen de Jamoussi ou alors etarg ou el mougef ???
6- Est-il judicieux, pour un festival dont l’objectif déclaré est de susciter la création et de tirer les artistes de leur léthargie, de continuer à opérer de la sorte, en se réduisant à trois soirées ?
7- Un festival national peut-il se cantonner à Tunis ?
8- Le festival peut-il continuer à décerner des prix en se réfèrent à l’avis d’un petit comité fut-il le plus intègre, et je n’en doute point ?
Au bout de ces quelques questions, il serait dommageable de faire l’amalgame entre le festival et la situation peu reluisante du paysage musical et de lui imputer le marasme de la création musicale que nous vivons. Celle-ci est structurale et ses racismes débutent avec la formation musicale et accompagnent chacune des étapes qui mènent à l’éclosion de l’œuvre.
Pour détailler ces raisons un article fleuve n’y suffirait peut-être pas, donc abstention.
Quant au festival, je le verrai plutôt organisé sur la base de projets entiers, et non sur de simples chansonnettes, les artistes retenus se produiront alors selon un tirage au sort dans les différentes salles que compte le pays. Chaque artiste aura en charge la troupe qui exécutera ses oeuvres et rémunèrera les musiciens sur la recette du guichet qui lui sera entièrement confiée. Le ministère de tutelle se chargera quand à lui de mettre à sa disposition la salle, de promouvoir le spectacle et la télé de le diffuser.
Il sera alors plus que permis de parler de festival national.
Bien à distance, le temps que les œuvres soient diffusées et appréciées par le public, une soirée de remise des prix sera organisée. Les lauréats seront désignés après la consultation d’une large frange de professionnels de la musique, de journalistes et d’un échantillon du public. Qui trouvera alors à redire ?
Il serait malencontreux que le festival garde sa formule actuelle car elle ne rend pas justice aux efforts patents déployés au cours des ces deux dernières années par l’autorité de tutelle et la direction du festival pour en faire un moment de rayonnement de la culture en Tunisie.
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